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Les Passerelles de l’horizon

20h / par Céline Flécheux

DATE A DETERMINER

Le XIXe siècle est celui de la représentation de l’horizon. Jusqu’alors cantonné dans les lointains, le voilà désormais exhibé par les peintres, Romantiques comme Réalistes, dans toute sa nudité. Détrônant la narration, réduisant l’anecdote en poussière, valorisant la vision jusque dans ses marges, l’horizon se hisse au statut d’événement, sans qu’il soit pour autant question de s’inscrire dans l’histoire ; sa place devient si prégnante dans la peinture qu’aucun élément du paysage n’est plus en mesure de rivaliser avec lui. Chez Friedrich et Turner, chez Courbet et Delacroix ou encore chez Cézanne, on assiste à une multiplication de représentations d’horizon : tourmenté, déserté et fantomatique chez les uns, immergé dans le vide ou dans une cascade de sensations colorées chez les autres, il prend une place centrale de la peinture, remontant du fond du tableau jusqu’au premier plan. Cette opération de réduction du paysage à son plus simple appareil a conquis les premiers peintres de l’abstraction qui, comme Mondrian, voient dans la rencontre des voiles et de l’horizon la construction rythmique du nouveau plan pictural. C’est la fonction structurante de l’horizon dans le plan coloré qui est à l’œuvre chez certains artistes du XXe siècle, en particulier Rothko et Newman, où il est superposé à d’autres motifs ou renversé. Cette puissance d’agencement dont témoigne l’horizon n’est pas chose du passé : elle préoccupe encore peintres et photographes actuels, tels Gerhard Richter, Edward Ruscha ou Jean-Marc Bustamante.

Céline Flécheux est maître de conférences en esthétique à l’Université Paris Diderot à l’UFR LAC. Elle a publié en janvier 2014 L’horizon chez Klincksieck (collection 50 Questions) ; elle collabore régulièrement à des revues d’art moderne et contemporain.